Certains diront "passage à vide", d'autres y verront la rupture, d'autres encore ne verront rien, ou juste une vague. Pour qualifier ce qui naît véritablement, il s'agit d'être sincère, car l'écriture ne ment pas. Il conviendrait sans doute de regretter le silence, de justifier l'abandon des mots, d'expliquer l'absence. Sans doute le "vide" serait-il percutant pour qualifier l'état qui précéda le Dire. Sans doute conviendrait-il de justifier le silence. Et pourtant les justifications ne sont pas de mise, sans doute trop extérieures, comme l'absence de temps, le surbooking, le "burn out", la mode des mots, la mode des états, luxe des bourgeois qui ont le temps de souffrir... tandis que les autres triment pour survivre. 

       J'aimerais vous écrire que les mots m'ont manqué, que votre regard bienveillant aussi, que votre présence m'a fait défaut, tandis que les contours de mes mots peu à peu s'effaçaient, tandis que la vie bouillonnante me quittait. J'ai peu à peu sombré dans le vide de l'instant, le désamour des choses, sans le savoir, sans réaliser ce qui se jouait, au plus profond de Soi. Sans doute me suis-je trahie, perdue dans l'extériorité des choses, abandonnant depuis l'accident ce qui était Moi, ce qui me faisait être, me perdant sans doute dans la représentation, le politique, et l'apparence.

        J'ai perdu pied, insidieusement, sans réaliser, sans ressentir la vacuité qui cependant avait fait sa présence. La Foi dans mon métier m'a quittée, la rentrée s'est faite tristement, dans le deuil d'un collègue parti brutalement, dans l'irrationnel de ce qui déraisonne trop tôt, dans la réalité professionnelle des plus difficiles. Perdue sans doute, mon corps a lâché, après le désir, après le vouloir, c'est lui qui a lâché, lui, le seul garant de mon intégrité, de ma présence en ce monde. Lui par quoi je ne suis rien, sans incarnation, sasn force. Ce fut un malaise, puis l'arrêt, brutal et sans détours. 

        Le moment de mettre les choses à plat. Repos, repli, supprimer ce qui rend moins vivant, se nourrir de ce qui est bon, beau, bien. Le moment de se dire que les choix n'ont pas toujours été les plus nécessaires. Oublier le praticien trop libre dans ses manières. Trouver le soutien bienveillant, mettre entre parenthèses ce qui n'est pas Soi, redécouvrir la danse, le théâtre, l'artistique. Prendre ses forces dans Lui, mon compagnon, le père de mes enfants. Etre là pour eux mes amours, accueillir mon père qui va bien maintenant, trouver la paix, calmer la colère, embrasser la sagesse. Trouver la force d'avancer, de poursuivre. Reprendre la danse, retrouver la scène, aimer le public, ne pas s'encombrer de l'apparat. Aller à l'essentiel.