_DSC7268  Photo par Lui

Quelques jours en Charente Maritime, en ces lieux où je suis née. Dans la belle ïle de Ré, à la Flotte. Pas tout à fait quand même, je suis née à Saintes, j'ai vécu 18 ans au bord de l'océan dans cette petite ville touristique nommée la Tremblade. J'ai aimé vivre là-bas, entre ciel et mer, au plus près des rivages, J'ai grandi  dans ce lieu, dans l'école où ma mère exerçait, puis dans le collège où exerçait mon père. J'y fus heureuse, malgré la vie et les douleurs et la folie de Sophie qui sans doute tua un peu mes parents. 

   lorsque j'avais 18 ans et que mes études m'appelaient à Bordeaux, mes parents décidèrent de quitter le lieu de ma vie pour vivre à la Rochelle, ville d'art et de culture. Ce fut pour moi, après la maladie de ma soeur, une seconde fracture. Ce que je ressentis alors, c'était l'absence. Les études étaient alors fort difficiles, hypokhâgne au lycée Michel de Montaigne à Bordeaux, cela voulait dire excellence. Pour moi ce fut grandeur et décadence. Grandeur des professeurs qui nourrissaient mon âme. Décadence pourtant et dérive sans doute de l'enfant livrée à elle-même, avec le soutien sans doute des choses matérielles, mais dans le manque constant du repère, de l'écoute, du mot qui réconforte. Mes parents avaient déserté leur chantier, fatigués sans doute, désabusés peut-être de l'âge ingrat que procure l'état d'adolescence. Vous ignoriiez sans doute à quel point j'avais besoin de vous, vous confondiez alors réussite soclaire et autonomie affective, et si j'étais rompue à la première, la seconde me manqua cruellement, et bien longtemps après. 

  Lorsque je rentrais parfois en week-end, tout m'apparaissait bien étranger, la ville bourgeoise et peu accueillante, la maison hostile bien différente du petite logement de fonction de mon enfance, Je ne reconnaissais plus rien, je ne retrouvais plus rien, pas même vous que la lassitude avait gagnés déjà. Alors je vous tournais le dos, et à mes Charentes maritimes natales que je ne reconnaissais plus. Je restai longuement à Bordeaux, ville natale de mon père, puis je suivai mon amour de l'époque, reçu à Sciences Politiques de Toulouse. Après les 6 années en Aquitaine, c''étaient les racines maternelles qui me rappelaient à elles, celles de la région du Comminges. Entretemps, j'avais quitté mon éternel étudiant pour embrasser la profession de professeur dans l'Académie de Toulouse, et y rencontrer l'homme de ma vie, normand déraciné, le père de mes 3 enfants. Ensemble, nous adoptions peu après la région du Lauragais, au point d'y inscrire nos racines familiales, et d'exercer pour moi un mandat de conseiller municipal, qui signifie en clair un engagement dans la durée. 

  Aujourd'hui je m'interroge sur le sens de l'action individiuelle et de la liberté. Sommes-nous véritablement libres ou ne faisons-nous qu'accomplir notre destinée ? Ou bien encore, notre liberté au sens de Spinoza ne consiste-t-elle pas à adopter notre destinée ? Lorsque je regarde mes lieux de vie, je me dis que j'ai épousé successivement celui de mon père, puis celui de ma mère, eux-mêmes déracinés leur vie durant. Et aujourd'hui que la paix s'est faite en moi, ma vie réclame deux lieux de vie, deux racines, comme si je portais en moi l'origine de mes deux parents, lesquels composent aujourd'hui encore dans cette contradiction.

  La semaine dernière j'assistai, seule représentante de ma famille aux obsèques d'un cousin germain. Ce fut douleur de se retrouver en de telles circonstances, joie cependant de retrouver le lien jamais tari en fait. Cette semaine je me retrouvai près de mon père, rené à la vie, aux émotions, à l'espoir. La flotte en Ré a fait de moi une de ses habitantes, il faudra s'y faire, car je m'y sens chez moi. Il est temps d'assumer ses choix et de reconnaître sans doute que la vie fait bien les choses. Heureuse dans le vent d'Autan, heureuse dans la brise de l'océan. N'y voir là nulle rupture, un juste retour des choses, de ce qui va de soi, et qu'on ne force pas, ni en l'écrivant, ni en le disant.