Le Blog de Zénondelle

11 avril 2017

L'Amoureuse

IMG_2177  Madame La République      

    Je serais drôle, futile, pas monotone, rieuse, étourdie, intelligente, cultivée, surprenante, fatigante, pas lassée, possessive, rayonnante, douce, séduisante, amoureuse, admirative, contemplative, agrégative :)
Tu serais drôle, parleur, volubile, élégant, rayonnant, possessif, amoureux, intelligent, brillant, cultivé, audacieux, reposé, doux, apaisé, en projet, accompagné …
Nous ririons beaucoup, nous boirions du bon vin, nous referions l’Ecole, nous travaillerions, nous voyagerions, nous irions au théâtre, nous inviterions nos amis, les intellos, les psychotiques, les artistes …
Pour toi je corrigerais plus vite ….
Nous écririons, nous nous lirions, nous nous encouragerions 
Nous flânerions dans les ruelles pavées proches de l’océan, bordées de roses trémières, innombrables, nous vêtus de blanc, en canotier …
Je lirais ton dernier roman, j’aurais pour un temps laissé de côté les polars de Minier, Adler Olsen …
Tu donnerais une dernière touche à ton prochain manuscrit …
Je préparerais l’agrégation … Pour la troisième fois …
Nous vivrions sans nous soucier de l’à-venir, tendus vers le présent …
Nous vieillirions ensemble, jamais là de nous regarder,
Je serais ta muse, ton amante, ton amie,
Nous contemplerions l’horizon …
Ce serait Bien …

       

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13 février 2017

De passage

 

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 Photo par Lui 

 Merci beaucoup mes chers lecteurs pour vos pensées, vos mots, reçus ici et là, vos demandes parfois pressantes d'un billet, comme des petits caillous destinés à me faire retrouver le chemin de Zénondelle.  Je n'ai pas répondu à chacun, j'ai pensé à tous, mais le moment n'était pas encore venu sans doute de reprendre place au milieu des écrits. Tant de changements ont bousculé ma vie que je ne saurais dire si je me retrouve encore ici chez moi. J'ai compris enfin que le "chez soi" n'était pas de pierre, ni fait d'extériorité. Je l'ai installé en Soi, dans une place invisible, tout près du coeur, inaccessible à la défaite ou au tourment. 

  J'ai laissé la Demeure en pierre à mon ami Lionel, qui en est amoureux fou, après moi, après nous. La folie lui a pris de l'embellir magnifiquement, le passage s'est fait, de lui, à moi, comme une évidence, comme une histoire de rencontres à laquelle la vie ne doit nul hasard. Comme dans le roman de Marie José Caner, La maison aux yeux baissés, j'ai traversé le temps pour dessiner un autre espace, à la croisée de nos vies, nourrie de belles rencontres, de renouveau, de création. La maladie est désormais vaincue, après trois opérations, et une année d'angoisse, où l'engagement ne pouvait être pris, saisi dans la condition toujours du progrès de la chose. Cette chose en moi que l'on n'ose nommer tant la représentation en est mortifère, m'a fait renaître à moi-même, semblant une menace sans doute mais circonscrite et désormais éradiquée. Mon ange gardien ne m'a pas abandonnée me laissant entre les mains d'extraordinaires chirurgiens pétris de talent et d'humanité, veillant aussi sur mes amours que le  bouleversement  de vie  a fait grandir plus librement, eux qui dessinent déjà leur destinée sans que ma volonté ne se pose, juste ma fierté de les voir ainsi fortifiés et heureux.

  la vie tout à pied dans une belle ville  de culture et d'histoire est un événement. Mon nouveau lycée est comme je l'imaginais, accueillant et porteur de projets. Je ne regrette pas nos choix, j'y trouve là un singulier bonheur, pas entâché pour l'heur. Le bouleversement des choses secoue la vie au tréfonds, repoussant habitudes et peurs. Mon métier de philosophe me passionne, car je suis en quête de ce qui interroge l'humain, soucieuse de développer des processus d'apprentissage et d'éducation qui s'enracinent dans les valeurs de fraternité. Il faut lire et entendre Abdennour Bidar, puiser à la source pour transmettre de manière continue, sans se tarir, sans s'assécher.

 Le tthéâtre m'ouvre à nouveau ses portes après quelques années de pause, mais c'est un autre rêve qui traverse la réalité aujourd'hui. L'écriture ne sera plus disparate et dans l'ombre, effacée du monde, elle prendra la forme bientôt d'un ouvrage, d'une coécriture, Regards croisés du philosophe et du sociologue sur l'Ecole aujourd'hui, avec en filigrane une proposition de réforme. C'est la rencontre de deux métiers, le métier de direction et le métier de professeur, c'est la rencontre de deux personnes qui travaillent de concert, liées pas la passion de l'éducation et nourries du désir d'écrire. La peur est là d'être confrontée à la méfiance de soi-même, mais le nécessité de l'ouvrage est bien réelle, qui conditionne la réussite. les choses ont commencé déjà. l'aventure est riche, passionnante, elle me rapproche au plus près de ce que je suis fondamentalement, derrière les apparences, elle me fait toucher ce fonds d'inachevé qui sourd  au plus profond, cette nécessité intérieure de l''écriture, inconditionnelle, violente, dont parle Rilke dans les Lettres à un jeune poète.  Ensuite suivra peut-être un roman, qui sait ...

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07 août 2016

" D'un espace à un autre ..."

IMG_1798   Musique de Ramin Djawadi

   "Vivre c'est passer d'un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner" Pérec, Espèces d'espaces.

   Lorsque j'interprétai ce profond texte de Pérec quelques années auparavant, j'imaginais qu'il y avait là quelque chose d'incontournable. Aujourd'hui j'ai la chance de vivre les mots de Pérec. En garderai-je la poésie ? Cela je l'ignore encore.

  Je ne croyais pas que cela fût possible, de quitter ce Lieu, cette demeure, cette vie. Aujourd'hui c'est devenu une réalité. Dans quelques jours, notre maison sera vidée, de ses choses et de ses gens. Dépouillée de ses objets, elle est encore plus belle. Comme si le vide des choses lui donnait un supplément d'âme. Notre vie nous appellle ailleurs, désormais. Nous partons en famille, et nos liens sont forts, malgré le bouleversement des habitudes, des repères. J'aimerais tant transporter ma demeure. Mais la vie est ainsi faite qu'elle nous montre le chemin à suivre. Le notre sera albigeois. Nos habitudes seront de délaisser la voiture, entrer dans la marche à pied, au  travail et au quotidien.

  Et puis il y aura la culture à deux pas, les terasses de cafés, les gens, les briques, la vieille ville, le marché couvert, l'histoire chargée de luttes et de résistances. Nous y serons heureux, j'en suis certaine. 

 Aujourd'hui je suis guérie, enfin c'est moi qui le dit, c'est moi qui le vit. Mon chirurgien voudrait pour éliminer le moindre risque, refaire un coup de bistouri, mais là c'est moi qui dit "non". Je me sens renaître. Et cela est bien.

 Nous sommes partis en Espagne, tous les cinq, pour capter la lumière, vider l'année de ses nouvelles, repartir dans l'énergie. C'est chose faite.

 Je sais mes parents renouer avec les Lieux de leur origine, sensibles enfin à leur bonheur, enclins à vivre, enfin !  Cela me procure une joie immense.

 Dans quelques jours nous vidons notre demeure, de ses choses et de ses gens. La demeure est à vendre. J'espère qu'elle trouvera de nouveaux hôtes qui lui voueront une passion semblable à la notre. Nous avons fait beaucoup, il reste tant encore. Il conviendra qu'elle garde son supplément d'âme. Pour cela, quelques moyens, de l'humilité, et beaucoup d'amour seront exigés. 

 Je laisse derrière moi 15 années dans un lycée, je pars en même temps que mon chef d'établissement, une promesse que je m'étais faite. il y a quelques années déjà. Je laisse un mandat de conseillère muncipale inachevé, un maire humain et intelligent, qui sans doute n'aura pas compris notre départ. Je laisse mes amis, Françoise, Francine, Isa, Valérie, Hélène, Bruno, Corinne, Etienne, Martine, mes compagnons de route et tant d'autres. Je ne les oublierai pas,, et je reviendrai, car je ne sais pas quitter, tant les Lieux et les Gens font partie de ma vie.

 J'ai confiance. l'année sera belle sans doute. Mon espoir est grand et sans limite. Ma force sera immense, et notre foyer accueillant, vraiment je le désire. 

 Je n'ai guère eu le temps de me consacrer à un autre espace de la toile. Sans doute Zénondelle tient-elle à poursuivre ...

 Mes chers lecteurs, je vous embrasse. Prenez grand soin de vous.

   

   

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17 juillet 2016

Une page

IMG_1396 Photo par ma soeur

     C'était le 7 juin précisément. Entre deux clients, ma soeur adorée et mon beau-frère, le temps d'une échapppée à l'océan. Et juste lorsque je franchissais le pas de la porte pour partir à la clinique, je recevais ce cadeau, réalisé en temps réel, une bouffée d'air pur d'océan, d'embruns, de sable et d'amour. Lui et Elle réunis pour me donner la force. Jamais je n'oublierai leur geste qui fut comme un souffle m'accompagnant dans l'épreuve.

  Aujourd'hui je ne saurais que dire, sinon que notre vie  a pris un tournant certain. De mon opération, je me sens régénérée, heureuse, en vie. Nous quittons le Lauragais, embrassons d'autres projets, d'autres façons de vivre, plus simples, moins éloignées de nous sans doute.

 Une page de vie se tourne. Le Blog de Zénondelle touche à sa fin. Il aura une suite ailleurs. Merci de m'indiquer votre volonté de suivre la suite, en me laissant votre adresse mail. 

Merci pour votre soutien

Zenondelle

     

 

       

 

 

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08 mai 2016

Turbulences

     Rien écrit depuis décembre. Pas un mot, pas une trace. Difficile de dire le pourquoi de ce néant, d'expliquer, de justifier. L'écriture m'a semble -t-il abandonnée pour un temps je l'espère. Sans doute concentrée sur les choses à vivre, sans que l'expression ne soit primordiale. Et cependant aujourd'hui il apparaît comme un manque à être, un manque à dire.

   Je crois que j'ai perdu les mots, leur nécessité, leur partage aussi. J'ai vécu les choses dans l'intime de l'être, sans la distance des choses à soi,  de soi aux autres. Je me suis repliée, j'ai protégé mon enceinte, à tort sans doute, puisque l'attaque vient de l'intérieur même de ma chair.

   J'avais été ébranlée par la lecture de l'ouvrage d'Emmnanuel Carrère, "D'autres vies que la mienne", ébranlée au plus profond de l'être, de ces lectures dont on ne sort pas indemne, mais transformée, régénérée. Sans doute parce que l'essentiel y était exprimé, sans fard.

  Aujourd'hui je suis atteinte de ce mal qui me ronge de l'intérieur. J'oscille entre combat et abattement. Entre nécessité et abandon, entre courage et peur. J'ai peur de mourir, oui vraiment je le conçois. Je n'aimerais pas cependant que les croyants essayent de me rallier à leur foi, bouddhistes, catholiques, ou autres précheurs, sans compter les charlatans du bien-être. J'ai fait le tour de ce qui me paraît fondamental, et j'aimerais que mes amis ne tentent pas de m'embarquer dans leur destinée, car j'ai aussi la mienne.

  La maladie se déclare, alors même que nous avons décidé de changer de vie, de changer de lieu, de dépoussierer nos existences endormies. La maison est en vente, la maison dans laquelle nous avons  tant rêvé, et qui aujourd'hui nous pèse, ne nous inspire plus guère. A la croisée des chemins, unis, nous aspirons à une vie plus sage, sans trop de déplacements, une vie où tout est à portée, à deux pas de tout.

  Aujourd'hui nous sommes suspendus à une décision qui viendra de l'extérieur, et nous attendons le sésame qui nous ouvrira une autre vie. La concurrence pour la mutation sera rude, nous nous en remettons donc au sort, il faudra attendre la fin du mois de juin, pour savoir si notre pari en valait la peine. Au coeur de l'aventure pourtant, il y a ce nouvel hôte, Mamz'elle la bestiole, le cancer avec lequel il faut désormais composer. Les jours suivant la nouvelle ont été rudes, pleins du vide qu'envahit la sidération, de ce vide qui pénètre la force pour mieux la dévaster. Ensuite il y a la cohorte des croyants en tous genres qui vous donnent le chemin à suivre pour guérir ou simplement comprendre. Et je n'en veux pas, je ne réclame rien, je puise seulement la force de ma guérison dans les précieux liens humains que nous tissons, sans rien d'autre, sans subterfurge, sans attendre un miracle ou une compréhension.

   Pourquoi toujours comprendre ? Et s'il n'y avait rien à comprendre précisément dans l'irruption de la bestiole, et si tout n'était qu'imprévoyance ? Cette façon de surgir alors qu'on n'est pas invité, pas même attendu ? Je réalise à quel point l'irrationnel, le non-sens font peur. Car il faut toujours comprendre, chercher un sens, faire un état des lieux, saisir la leçon de la vie. Et pourquoi donc ? Et si c'était ça aussi la vie ? Le surgissement de ce qui fait non-sens ? L'irrationnel ? L'absurde ? Ce qui fait horreur à la raison elle-même, habituée aux explications, à la logique du sens, à la cohérence. C'est là que l'existence peut devenir tragique, lorsque le non-sens est perçu, accepté comme tel, et non contourné. La thèse de Camus, dans le mythe de Sisyphe. Ma conception de la vie également, car j'ai toujours connu en moi cet aspect tragique de l'existence, qui me traverse, précisément sans me dévaster, c'est celà qui fait sens aussi, la présence du non-sens, ou de l'absurde, peu importent les mots d'ailleurs.

  Nous sommes à la croisée des chemins, laissant entrer dans nos vies le risque, le changement, l'incertitude et le vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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12 décembre 2015

Et après

 

_DSC0459-Modifier-Modifier Photo par Lui

     Le 13 novembre 2015 a marqué notre vie, la vie de nos enfants en âge de réfléchir, de mûrir leur monde de demain. Notre vie a pris quelque rudesse sans doute, les choses ne sont plus "comme avant". La menace est pesante, chaque jour, comme une pensée sybilline, une pensée en arrière du danger qui guette, de ce qui pourrait avoir lieu, de ce qui deviendrait le Lieu- tenant de nos existences. Nulle paranoïa et tant d'espoir, de tranquillité mélangés, comme un paradoxe. Ma conscience avait entrouvert pourtant la possibilité de nos morts, menaçant nos vies fragiles d'un accident brutal, comme l'effraction d'un réel  bouleversant nos équilibres. Mais là-dedans, nulle perversion, le sort en était jeté. Aujourd'hui rien de tel, le réel fortuit se veut grimaçant de haine, et de mépris. C'est tout un monde qui s'écroule, notre monde, et nos sidérations n'y pourront rien. Le Mal a pris le visage d'hommes et de femmes sans âge, au délire insensé que nos valeurs de paix ne pourront arrêter sans le jeu de forces et de ruses. Nos vies ont pris cent ans d'un coup, l'innocence nous abandonne. Nous nous armons de prudence, nous sommes aux aguets.

   Le terrorisme a appelé à "l'assassinat des enseignants de la laïcité". J'ai conscience de la menace et des comportements qu'il engendre. Nombre d'enseignants sont terrifiés, beaucoup sont en arrêt, d'autres montent au créneau. Les passions se déchaînent, les comportements s'emportent. la folie nous guette. Je suis un être libre, que la menace ne fera pas plier. La conscience des choses ouvre la voie de la responsabilitié. Je n'enseigne pas la laïcité comme on prêche. J'approfondis ce qui en elle est essentiel pour bâtir une République unie et plurielle. Je comprends le cadre qui permet à la pensée de se déployer, sans que l'autorité de la politique ou de la croyance n'interfèrent par leurs dogmes incontestés. 

   Je décide que mon cours est un espace ou la paix se construit, dans l'écoute de ce qui diffère et fait grandir. J'enseigne avec la largesse des Gens qui aiment sans compter. Autour de moi pourtant, la colère est de mise, l'institution est malade, en perte de repères, en perte de pensée. Ce n'est pas d'aujourd'hui, la violence qu'elle génère, laissant dans la peine et le déni des professeurs en souffrance, se cachant et masquant aux autres la réalité des choses, vieille mécanique aux rouages rouillés et inadaptés au monde, pourfendeuse de morale insensible à l'humanité même, fossoyeuse de talents brisés, entremetteuse de carriéristes aux dents acérées.

   Je rencontre chaque parent, je les écoute, me parler de leur détresse, de leurs attentes, de leur espoir. Je rencontre des mères, mères soumises, mères libres, mères esseulées. Je fais en sorte d'assouplir les colères. Je ne sauve pas le monde, ce serait bien orgueilleux, j'y contribue un peu, comme un lien qu'il s'agit de refaire après qu'il se soit défait.

  Je n'ai vraiment pas peur, Il faudrait être fou pour renoncer aux valeurs qui font de l'homme un Homme.

  Je suis bouleversée par l'ouvrage d'Hélène Gestern, Portrait d'après blessure. Je n'en suis pas sortie indemne, je n'en suis pas sortie tout court. L'histoire est belle, dure et pudique. Elle pourrait être mon histoire, ou encore la votre. Elle est un fragment de vie posé sur un chevalet, sublimé par le regard de l'artiste qui voit au-delà du visible, loin dans la profondeur des âmes. Plongeant au coeur des êtres, elle se donne, impudique et extrême comme un fragment de chair et d'âme mêlés au cortège des sentiments humains.

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01 novembre 2015

La maladresse

   "Essoufflée depuis quelque temps, souvent je rate une marche, me prend les pieds dans le tapis, lâche le verre sensé tenir entre mes doigts, ma langue fourche, je ne compte plus les bleus sur les côtés du corps. mon cerveau verse sournoisement en anarchie." Nathalie Desmarest, chorégraphe.

    Sans doute me fallut-il être en état d'arrêt pour faire l'état des lieux, revisiter les choses, faire le point sur l'Essentiel. Il faut y voir un coup du sort ? Se retrouver ainsi replongée dans la danse, après tant d'arrêts ou encore d'hésitations. Quel bonheur de pouvoir revivre des moments de danse, avec celle qui désormais interrompt son temps de retraite pour quelques heures artistiques, consacrées à la transmission de ce qui pour le danseur, fait l'essentiel.

    j'ai sans relâche travaillé le théâtre et la danse, durant quelques années. Aujourd'hui je réalise à quel point ces heures de travail ont été déterminantes, parfois difficiles, mais toujours essentielles. Aujourd'hui ce travail m'appelle à nouveau, qui n'est pas définitif, touours à accomplir. C'est à travers lui qu'avant je puisais mes forces pour enseigner. Aujourd'hui, je me retrouve sans force et sans désir devant mes classes, j'ai fréquenté l'épuisement, auparavant frôlé la mort. 

   Je ne sais plus comment faire face à des publics que la culture indiffère, j'ai sombré devant ma classe de littéraires, qui n'éprouvent ni désir de lecture, ni désir d'écriture, tant ma représentation se tenait éloignée de la réalité des choses. Contre l'avis du docteur, je reprends le travail, sans conviction, sans aucune certitude, juste celle que j'ai pu recueillir au cours du repos, de la danse et des échanges. La certitude que la maladresse, loin d'être un oripeau de l'humain, en constitue même l'essentiel, ce qui le différencie de la machine, ce qui le rend fragile et accessible. 

   Je vais me faire confiance, il le faut. Je sais encourager et porter les forces jusqu'à destination. Pour cela je dois retrouver la Foi en mes capacités, la Foi en la transmission des choses. Retrouver une liberté, une sagesse, une pointe de philosophie ... quand même ...

   Il y a la maladresse, celle qui rend humain et accessible, celle qui rend beau. Celle qui fait devenir, et encourage les autres. Un  acte de Foi. Retrouver la force des mots qui vont à l'essentiel, sans travestir aucun. Sans apparat. La Présence.

     

 

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30 octobre 2015

Passage

      Certains diront "passage à vide", d'autres y verront la rupture, d'autres encore ne verront rien, ou juste une vague. Pour qualifier ce qui naît véritablement, il s'agit d'être sincère, car l'écriture ne ment pas. Il conviendrait sans doute de regretter le silence, de justifier l'abandon des mots, d'expliquer l'absence. Sans doute le "vide" serait-il percutant pour qualifier l'état qui précéda le Dire. Sans doute conviendrait-il de justifier le silence. Et pourtant les justifications ne sont pas de mise, sans doute trop extérieures, comme l'absence de temps, le surbooking, le "burn out", la mode des mots, la mode des états, luxe des bourgeois qui ont le temps de souffrir... tandis que les autres triment pour survivre. 

       J'aimerais vous écrire que les mots m'ont manqué, que votre regard bienveillant aussi, que votre présence m'a fait défaut, tandis que les contours de mes mots peu à peu s'effaçaient, tandis que la vie bouillonnante me quittait. J'ai peu à peu sombré dans le vide de l'instant, le désamour des choses, sans le savoir, sans réaliser ce qui se jouait, au plus profond de Soi. Sans doute me suis-je trahie, perdue dans l'extériorité des choses, abandonnant depuis l'accident ce qui était Moi, ce qui me faisait être, me perdant sans doute dans la représentation, le politique, et l'apparence.

        J'ai perdu pied, insidieusement, sans réaliser, sans ressentir la vacuité qui cependant avait fait sa présence. La Foi dans mon métier m'a quittée, la rentrée s'est faite tristement, dans le deuil d'un collègue parti brutalement, dans l'irrationnel de ce qui déraisonne trop tôt, dans la réalité professionnelle des plus difficiles. Perdue sans doute, mon corps a lâché, après le désir, après le vouloir, c'est lui qui a lâché, lui, le seul garant de mon intégrité, de ma présence en ce monde. Lui par quoi je ne suis rien, sans incarnation, sasn force. Ce fut un malaise, puis l'arrêt, brutal et sans détours. 

        Le moment de mettre les choses à plat. Repos, repli, supprimer ce qui rend moins vivant, se nourrir de ce qui est bon, beau, bien. Le moment de se dire que les choix n'ont pas toujours été les plus nécessaires. Oublier le praticien trop libre dans ses manières. Trouver le soutien bienveillant, mettre entre parenthèses ce qui n'est pas Soi, redécouvrir la danse, le théâtre, l'artistique. Prendre ses forces dans Lui, mon compagnon, le père de mes enfants. Etre là pour eux mes amours, accueillir mon père qui va bien maintenant, trouver la paix, calmer la colère, embrasser la sagesse. Trouver la force d'avancer, de poursuivre. Reprendre la danse, retrouver la scène, aimer le public, ne pas s'encombrer de l'apparat. Aller à l'essentiel.

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31 juillet 2015

le Repli

_DSC7629b&w  Photo par Lui

     Je suis au repos, je suis en repli. Mes premières vraies vacances, composées d'un temps amorti, d'un temps comme on le désire. Entre quotidien présent et lectures intensives. Goûter enfin le jour qui pointe, avec lui les senteurs, les promesses, les parenthèses. Mon corps est aujourd'hui remis tout entier de sa traversée difficile. Je marche et vis sans douleur, Et même si cela était, je sais les douleurs de l'âme bien plus insidieuses que celles du corps. De celles-là non plus je ne peux me plaindre. L'âme s'est allégée c'est certain; la paix semble avoir gagné du terrain sur les rancoeurs et les obsessions, et le passé qui alourdit. Une renaissance, comme celle que vit mon père, dans le même temps. C'est étrange comme les liens de l'amour peuvent à ce point compter, malgré les temps infinis de la séparation. Savoir mon père heureux comme il y a vingt ans, me rend à moi-même ma jeunesse, malgré les ans qui passent et ne s'arrêtent. 

     Je fais des listes, des choses à faire. Ranger, vider, nettoyer notre maison, lui faire peau neuve. Chaque jour une chose, sans peine, sans lassitude, et pour le reste, écouter les enfants, être avec eux, et puis lire beaucoup, parce qu'après c'est plus difficile. Goûter au temps des choses qui sont dans l'instant. Apprécier le concert au pied de l'église de l'orchestre de la chambre d'hôte; Fermer les yeux pour mieux saisir le son, l'âme, le mot. Aimer s'entourer des instruments qui disent mieux que les mots, la contrebasse, le violoncelle, le saxo, la voix. Se perdre dans l'âge des musiques, entre baroque, classique, jazz et contemporain. Aimer se perdre avec eux, pour la beauté des choses. Sentir là le lien entre les âmes, qui nous fait être plus humains, plus fragiles voués à la finitude comme à l'élévation.

     Je fais des rêves de fin du monde. Dans chaque séquence, il ne nous reste que quelques heures à vivre. Déjà quelques façades s'effondrent. Je ne suis pas inquiète, juste concentrée sur l'instant. Mathilde me dit que je dois me sauver seule; je luis réponds alors que ce sera nous cinq ou personne. Je m'éveille alors. Quel sens ont ces rêves ? Une page sans doute se tourne, dans ma vie, dans l'après de l'accident, dans le travail, dans les liens avec mes parents. Mais je ressens la force de la famille comme un absolu qu'il faut protéger de l'adversité, de l'impermanence aussi. 

    Lui et moi nous sommes différents, comme le chêne et le roseau. Pourtant sans Lui, ma vie tangue et manque de fléchir. Il est Lui qui sublime les visages, soucieux de saisir l'existence dans l'instant. Je suis loin des images, tout près des mots, trop près sans doute, au point que le mot mal tourné peut causer la dispute. Il est le père de mes trois enfants, celui avec lequel j'ai désiré la famille, la fratrie, la vie ensemble. Il est mon compagnon, celui qui me connait si bien dans mes forces et mes détours sans fin, celui qui me pardonne parce qu'il m'aime pour ce que je suis, sans phare, et sans faux-semblant. J'aimerai vivre longtemps près de Lui, lorsque nos enfants grandis auront fait leur vie. J'aimerai continuer à embellir notre Lieu, pour que nos enfants aiment y revenir, pour se reposer, déposer leurs soucis, et plus tard, y laisser leurs enfants qui nous verront devenir grands-parents. J'aime à imaginer ces jours remplis des rires d'enfants. Peut-être en sera-t-il autrement, mais j'en doute, car les enfants aiment leur maison comme leur citadelle, comme le Lieu où déjà ils déposent leur fatigue, leurs soucis, leurs joies. Je crois que notre famille est unie, peut-être suis-je dans l'illusion. Et cependant j'ose espérer que non, que le bonheur est entré dans nos murs, dans nos vies, pour y marquer quelque chose qui jamais ne désespère.

  Il suffit sans doute de ces quelques points pour ne rien avoir à réclamer d'autre. Le bonheur des siens, tout entier tourné vers leur construction. Mes grands font leur premier travail d'été, dans les champs de maîs, leur labeur est difficile et reconnu pour son sérieux. Je suis fière évidemment, de leur attitude. Les valeurs d'honnêteté dans le travail  n'ont pas été transmises en vain. Et je ressens leur sérieux comme une fierté qui m'honore, car c'est pour eux d'abord qu'ils soignent le travail, et cette pensée me comble de joie. Leur avenir est déjà moins incertain, car leurs qualités s'accompagnent de respect pour les choses à accomplir. Je suis fière, je n'imaginais pas à quel point cela serait important pour moi, de les savoir du côté de l'honnêteté et du sérieux, plutôt que de la paresse et du faux- semblant. Ce sont de belles personnes en devenir, et j'assiste spectatrice à leur devenir en acte.

    

   

 

 

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16 juillet 2015

Racines

 _DSC7268  Photo par Lui

Quelques jours en Charente Maritime, en ces lieux où je suis née. Dans la belle ïle de Ré, à la Flotte. Pas tout à fait quand même, je suis née à Saintes, j'ai vécu 18 ans au bord de l'océan dans cette petite ville touristique nommée la Tremblade. J'ai aimé vivre là-bas, entre ciel et mer, au plus près des rivages, J'ai grandi  dans ce lieu, dans l'école où ma mère exerçait, puis dans le collège où exerçait mon père. J'y fus heureuse, malgré la vie et les douleurs et la folie de Sophie qui sans doute tua un peu mes parents. 

   lorsque j'avais 18 ans et que mes études m'appelaient à Bordeaux, mes parents décidèrent de quitter le lieu de ma vie pour vivre à la Rochelle, ville d'art et de culture. Ce fut pour moi, après la maladie de ma soeur, une seconde fracture. Ce que je ressentis alors, c'était l'absence. Les études étaient alors fort difficiles, hypokhâgne au lycée Michel de Montaigne à Bordeaux, cela voulait dire excellence. Pour moi ce fut grandeur et décadence. Grandeur des professeurs qui nourrissaient mon âme. Décadence pourtant et dérive sans doute de l'enfant livrée à elle-même, avec le soutien sans doute des choses matérielles, mais dans le manque constant du repère, de l'écoute, du mot qui réconforte. Mes parents avaient déserté leur chantier, fatigués sans doute, désabusés peut-être de l'âge ingrat que procure l'état d'adolescence. Vous ignoriiez sans doute à quel point j'avais besoin de vous, vous confondiez alors réussite soclaire et autonomie affective, et si j'étais rompue à la première, la seconde me manqua cruellement, et bien longtemps après. 

  Lorsque je rentrais parfois en week-end, tout m'apparaissait bien étranger, la ville bourgeoise et peu accueillante, la maison hostile bien différente du petite logement de fonction de mon enfance, Je ne reconnaissais plus rien, je ne retrouvais plus rien, pas même vous que la lassitude avait gagnés déjà. Alors je vous tournais le dos, et à mes Charentes maritimes natales que je ne reconnaissais plus. Je restai longuement à Bordeaux, ville natale de mon père, puis je suivai mon amour de l'époque, reçu à Sciences Politiques de Toulouse. Après les 6 années en Aquitaine, c''étaient les racines maternelles qui me rappelaient à elles, celles de la région du Comminges. Entretemps, j'avais quitté mon éternel étudiant pour embrasser la profession de professeur dans l'Académie de Toulouse, et y rencontrer l'homme de ma vie, normand déraciné, le père de mes 3 enfants. Ensemble, nous adoptions peu après la région du Lauragais, au point d'y inscrire nos racines familiales, et d'exercer pour moi un mandat de conseiller municipal, qui signifie en clair un engagement dans la durée. 

  Aujourd'hui je m'interroge sur le sens de l'action individiuelle et de la liberté. Sommes-nous véritablement libres ou ne faisons-nous qu'accomplir notre destinée ? Ou bien encore, notre liberté au sens de Spinoza ne consiste-t-elle pas à adopter notre destinée ? Lorsque je regarde mes lieux de vie, je me dis que j'ai épousé successivement celui de mon père, puis celui de ma mère, eux-mêmes déracinés leur vie durant. Et aujourd'hui que la paix s'est faite en moi, ma vie réclame deux lieux de vie, deux racines, comme si je portais en moi l'origine de mes deux parents, lesquels composent aujourd'hui encore dans cette contradiction.

  La semaine dernière j'assistai, seule représentante de ma famille aux obsèques d'un cousin germain. Ce fut douleur de se retrouver en de telles circonstances, joie cependant de retrouver le lien jamais tari en fait. Cette semaine je me retrouvai près de mon père, rené à la vie, aux émotions, à l'espoir. La flotte en Ré a fait de moi une de ses habitantes, il faudra s'y faire, car je m'y sens chez moi. Il est temps d'assumer ses choix et de reconnaître sans doute que la vie fait bien les choses. Heureuse dans le vent d'Autan, heureuse dans la brise de l'océan. N'y voir là nulle rupture, un juste retour des choses, de ce qui va de soi, et qu'on ne force pas, ni en l'écrivant, ni en le disant.

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