Le Blog de Zénondelle

21 février 2012

En miroir

_DSC3537-1   Photos par Lui                                     

Ecouter Ludovico Einaudi, Divenire, "Ritornare"

       Ce soir j'ai envie de vous dire  à quel point j'ai aimé vous lire, Véronica, Hélène, Brigitte, Sarah, Sarah, Célestine, Babette, à quel point j'ai délicieusement goûté aux compositions littéraires de Jacques et de Julia, qui d'un simple jeu de questions, ont improvisé la règle sans rien masquer d'eux-mêmes, rien que dans la finesse, le conte et l'alexandrin. Amis lecteurs qui n'êtes que de passage ou encore de vieux habitués, qui ne les fréquentez pas encore, je vous enjoins d'y courir vite, vous délecter de leur prose, là de leur poésie. Rien de semblant, juste un peu de leur âme, beaucoup de leur talent. Sans compter l'amie Anne** qui dépose çà et là des joyaux de ses mots, entourant de ses bras, l'heureux événement.

    Anne**, ma chère Anne**, ton idée est géniale de tenter de refaire, et sans contrefaçons, juste avec la mémoire les sens en éveil. Mais je n'ai pas de tristesse, je n'ai rien perdu au fond que des mots pris dans l'instant témoins d'une parcelle de vie. Et je ne saurai refaire le texte évanoui. Il aurait fallu pour cela que je l'apprisse par coeur, et lorsque je serai sur le point d'apprendre mes propres mots dans le texte, j'espère que vous fuirez ce lieu, qui de toute évidence se sera gonflé d'orgueil, balayant avec lui tout espoir d'humilité. Mallarmé et Rimbaud, Artaud et Perec, Semprun, je pourrais réciter. Le génie ne s'oublie pas, se lit à haute voix, se répète à l'infini sans que l'ennui ne vienne. Il est la pâte qui nous dessine un peu, dans laquelle notre âme puise pour se trouver elle-même. Nous sommes si peu de choses en fin de compte, tiraillés comme dit l'ami Jacques, et avant lui Pascal, par notre petitesse, et la grandeur qui nous guide. Un point dans l'univers, entre l'infime et le tout.

   D'aucuns penseront des écrivains de blog qu'ils sont narcissiques, animés d'un puissant désir d'être reconnus, aimés, malmenés. Parfois, mais pas toujours. Etre vu réclame le regard. Ici point de regard hormis quelques clichés transfigurations d'une réalité première. Ici se déposent des mots, des pensées, des états d'âme. Comme si la lecture en retour activait la donation du sens. Mes mots ne prennent sens et n'évoluent que par leur traversée de ma toile jusqu'à vos retours. Comme une coïncidence, une synchronicité, qui déclenche d'autres mots en retour, comme une avalanche de sens et de vies portés par leur commune nature. Une sorte de communauté, ordonnée autour de la lecture, non pas de la personne.

  En l'espace d'une année, j'ai appris en lisant vos textes, vos commentaires, plus que dans un recueil. Comme si les vies pour s'animer réclamaient de se frotter à la différence, donnant à chacune sa force d'être et sa légitime valeur. J'y mets une valeur d'existence, je crois aux échanges d'idées, de pensées, de poésie, de sons. Je crois que la culture dans ses lettres de noblesse peut nous sauver de la déshumanisation. Je crois à l'échange des Esprits. Je crois à l'intersubjectivité. Je crois en l'Homme éveillé à son humanité. Je crois en la grandeur qui nous dépasse pour nous tirer du néant. Cette foi qui m'anime est la même que celle qui enseigne aux jeunes des cités, aux jeunes plus huppés. En vous lisant chacun, j'ai appris à chasser mes doutes, à traverser la vie sans trop me cogner. Je devrais vous citer tous, et j'en oublierais peut-être, ce soir je veux vous dire merci d'oeuvrer ainsi dans l'invisible, là, tout à côté.

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19 février 2012

Après le froid de glace

Texte perdu ... mauvaise manip .... l'éphémère et la disparition ...

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18 février 2012

Les onze confidences

20111113_Carlabale_0288-1  Photo par Lui

     Le chiffre 11, ça commence avec le chiffre 11. Chez Sarah de la 25eme heure, découvrir le jeu des confidences. S'y coller pour de vrai. Cela commence par poster les règles du jeu des 11. Puis écrire 11 confidences à propos de soi. Répondre ensuite aux 11 questions posées par Sarah sur son propre espace. A son tour inventer 11 questions pour 11 autres personnes "taguées", qui seront d'accord pour se prêter au jeu. Et ainsi de suite ... Merci Sarah ! Allez , on se lance ...

1. Je suis ambivalente, contradictoire, j'aspire au repos, j'aspire au mouvement.

2. J'adore la solitude, même au milieu des autres, ma vie la réclame.

3. Je triche avec ma taille, portant 8 cm de talon, sans que cela ne se voie.

4. Je ne peux vivre sans parfum : de rose, d'ambre, de cardamome. 

5. Je ne parle plus à ma mère.

6. Je ne supporte pas l'injustice.

7. J'aime les vieilles pierres par dessus tout.

8. Je me suis trompée d'époque, j'aurais aimé vivre à la Belle-Epoque.

9. Amoureuse de Ken Follet, Umberto Eco et Jorge Semprun.

10. Je peux être modifiée en profondeur par un film, un livre, une tragédie.

11. J'ai besoin de planter mes racines pour me sentir exister. 

 

   A mon tour de répondre aux questions de Sarah de la 25eme heure :

1. Aimerais-tu changer de sexe, pour une heure, un jour, une vie ? Non.

2. As-tu des tics, des manies ? Je ne supporte pas les placards et tiroirs ouverts.

3. As-tu réalisé tes rêves d'enfant ? Je suis en train ...

4. Qui es-tu en 11 mots ? féminine, droite, exigeante, passionnée, jolie, moche, rigide, sensible, réfléchie, médium, vivante.

5. Que représentent tes amis pour toi ? Un lien spirituel.

6. As-tu un animal et que t'apporte-t-il ? Un chat roux qui m'apporte des allergies.

7. Quel est le roman de ta vie ? Crime et châtiment de Dostoievski.

8. Qui aurais-tu voulu être ? Sarah Bernhard ou Isabelle Huppert.

9. Qu'est-ce qui t'énerve vraiment ? La fausseté.

10. Pourquoi as-tu voulu des enfants (ou pas) ? Un rêve d'enfant, désir impérieux de construire une famille.

11. Quelle est la seule personne sans laquelle tu ne pourais plus être toi-même ? Je crois que je serai toujours moi-même.

 

   A mon tour d'échaffauder les 11 questions des 11 confidences :

1. Quel est ton plus grand regret ?

2. Pourrais-tu être un(e) autre ? Si oui qui ?

3. Quel combat te semble crucial aujourd'hui ?

4. Quel rêve poursuis-tu ?

5. Ta vie te comble-t-elle ?

6. Si tu devais te défaire de tous tes biens, quel objet garderais-tu ?

7. Comment envisages-tu les 10 prochaines années ?

8. Quel auteur juges-tu incontournable ?

9. Peux-tu évoquer le souvenir d'une injustice criante ?

10. Entre ce que tu étais et ce que tu es dévenu(e), te reconnais-tu ?

11. Comment définis-tu la foi ?

   Voilà, je vais proposer à Brizou , Célestine, Charlotte, Delphine, Jacques, Julia, Pénélope, Laurence, Sarah, Hélène, Véronica, de s'y coller, bien sûr s'ils ou elles le désirent ...

   Bonne route

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14 février 2012

Noir. Lumière.

_DSC5108_DSC5106  Photos par Lui

Keith Jarret, Dark Intervals, "Opening" puis "Ritual Prayer", ici 

     "Mais ça m'irrite, quand même, arrivé à ce point, de ne pouvoir saisir pleinement, de ne pouvoir démasquer, seconde par seconde, ces quelques heures qui me narguent, et s'enfoncent toujours plus loin, à mesure que je débusque quelque proie, minime il est vrai, du souvenir perdu de ces heures-là.

     Je n'en retrouve que des bribes. Ainsi, c'est au cours de ces heures qu'il y a eu, forcément, car j'ai eu beau éplucher tout le reste du voyage, minute par minute, je n'ai pas trouvé de place pour le caser, ce rêve, ou ce souvenir, précis dans sa confusion, se détachant clairement, comme un point violemment lumineux dans un brouillard alentour, le rêve ou le souvenir de ce lieu calme, aux odeurs d'encaustique (des livres, plein de rangées de livres) où je me réfugiais, où je fuyais la moiteur puante du wagon, ce grand silence au parfum de cire et de chêne, de chêne ciré, où je plongeais pour fuir le brouhaha sans cesse croissant du wagon, bientôt, la nuit tombée, atteignant son paroxysme. " Jorge Semprun, Le grand voyage.

     Les mots m'en tombent. Je ne trouve pas les mots. Je n'ai pas de mots pour le dire. Les mots me trahissent. Je ne trouve pas les mots justes. Peut-être oui que tout cela c'est la faute de l'hiver qui glace, et mince, il me faut bien les dire, les mots qui trahissent, ne pas les oublier, tous ceux qui en sont morts de cette inanité du sens des mots qui coincent avec le réel qui tranche. "Il faut faire quelque chose", qu'il dit, l'Autre, coincé dans le wagon, trois jours trois nuits de froid de faim de soif, trois nuits collé aux autres déjà morts, aux fous aux perdus. Inanité du sens déchirant la plainte, déchirant le vide. "Vous vous rendez compte", dans un souffle le vieillard dit qui s'écroule aussi sec sans autre explication que l'étonnement de ses yeux sans nulle explication de ce non-sens absolu de la réification des êtres. "Ne me laisse pas", dans un souffle de mort, c'est le gars de Semur suppliant le Georges dans le souffle qui l'éteint, niant toute possibilité, dans cette dernière étreinte, absurde parole du partant laissant le vivant, laissant l'Autre embarassé de la supplication inversée. Solitude de l'autre exhalant le souffle dernier de l'homme, tandis qu'au-dehors les chiens hurlants s'apprêtent.

    Les mots m'imposent d'être fidèle à la mémoire des êtres. En eux se tient l'héritage de tout ce qui se vit, de tout ce qu'on a vu, de tout ce qu'on ne veut pas voir. Porteurs de la mémoire, portant l'acte qui déchire le tissu des hommes, les mots parlent de nos âmes, prenant refuge dans nos histoires. Sans l'ombre d'un doute, les mots nous précèdent comme l'intention menant l'action qui dispose. Sans l'ombre d'un doute, qu'ils soient légers ou graves, simples ou pompeux, les mots sont la trace de ce qui nous marque, témoignant du coeur de l'homme comme de sa dissemblance. Je ne puis qu'entendre les mots de colère du député héritier de Césaire, je ne puis qu'y souscrire, sans que dans cette joute ne soit déclamé l'appel à la haine des peuples et des couleurs, seulement rappelé le voeu de l'humanisme de chaque Homme. Sans nul doute les mots trahissent les hommes, ou peut-être bien les devancent en intelligence, fantaisie ou profonde sottise. Bien que là les mots restent assourdissants tant le terrain se mine ou bien la terre devient hostile.

    Mais dieu sait qu'il ne faut point les taire, les mots qui rendent sourds, les mots qui dérangent, les mots qui inconfortent, les marteler serait le mieux, et avec l'enclume les graver au coin de chacun, pour que la Bête Humaine se taise à tout jamais.

   

  

   

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11 février 2012

L'Autre

018   Photo par Elle

    Pas de cliché de l'extérieur, de la campagne, parce que le monde est blanc givré glacé, parce que la chaleur se fait manque et le déshabillé inconvenant. Petit quinze degrés atteint dans la maison, sans que la résistance ne flanche, juste un peu la patience, avec elle le besoin d'immobilité surgi de l'étude, impossible par le froid. Lâcher prise, compter le temps, se dire qu'il en reste encore. Réserver le temps de la lecture du soir, dans le chaud de la couette et du sommeil venant. Vivre à l'ancienne, vivre la vie un peu de côté, non pas celle qui était prévue, s'adapter quand même, se réjouir aussi. Ne pas sentir l'épaisseur du vêtement tant la froideur persiste, vivre comme si tout cela devait durer, sans y croire quand même.

    Guetter les éclaircies, les rayons ardents d'un soleil rendu frileux, chercher sous la glace les signes du sud, ne pas s'y tromper. Vivre le jour nouveau comme ce qui surgit, ne pas s'attendre aux choses, rêver d'obscur et de lumière. S'étonner de la voix qui surgit, de l'inattendu qui vient, touche la vie jusqu'à la rendre mouvement. Dire merci à la voix qui surgit, celle qu'on n'attendait plus, celle inaudible, confondue, mêlée que l'on croyait perdue. La voix d'un des siens qui s'ignorait elle-même tant avec l'autre emmêlée, la voix du père de ses voeux appelée plus espérée naguère. Celle-là bien vivante, sonnante et inquiète, soucieuse pour les siens, enfants, petits-enfants. Miracle de la vie, ciselé par le temps et la sagesse sans doute. Commencer comme si tout recommençait sans doute, et les joies et les blessures, et les doutes et les espoirs. Rentrer en soi-même, descendre jusqu'à la profondeur, jusqu'à la source. S'enraciner pour mieux fléchir, tel le roseau hésitant dans la béatitude.

    Boire le thé vert, beaucoup de thé, thé d'orient goût de cannelle, brûlant la soif et avec elle le frisson. Ne pas courber, ne pas fléchir, oser le pas de la rencontre. Ouvrir le Lieu, ouvrir l'accueil, déployer les forces qui font sortir de soi, risquer l'aventure ou le désagrément et avec elle la rencontre, le rire et le surcroît de temps. Le surcroit de temps par le surcroit de vie, le surcroit de vie par le surcroit de vies qui se mêlent, se découvrent, accroissent leur contenu des choses. Vertus de l'amitié, vertu des échanges, vertu de l'amitié antique, lien noble de la philia, qui se fait vie et qui construit. En une journée, faire la rencontre comme l'on fait un voyage, sans partir de chez soi, juste avec le regard, juste avec l'attention, juste avec le partage. Sentir la vie décuplée de cette effervescence, de toutes ces différences, de ces regards intenses. Saisir en l'instant l'oeuvre de ce qui est échange, recueillir le nectar de ce qui nous émeut, de ce qui nous étonne. Ressentir le fragile comme ce qui est humain. Vouloir en prendre soin, malgré le froid, malgré l'hiver.

   Guetter l'éclaircie du temps pour renaître, se dire qu'il ne sert à rien d'attendre, tant le temps se recule des jours beaux à venir. Savoir qu'il peuvent être saisis dans l'instant, malgré le froid, malgré l'hiver, malgré l'austérité annoncée par ceux qui gouvernent. Trouver là une liberté, s'en saisir. Comme une claque à la rigidité, à la morosité, à l'uniformité. Choisir avec des-espoir ce qui est l'humain, ce qui est la différence, ce qui est la hauteur. Emmerder l'extrême-droite et son populisme débauché. Aimer le genre humain comme l'on regarde les étoiles, la transcendance, la différence, l'étonnement qui vient, l'enrichissement, la connaissance, la reconnaissance. Hauteur et transcendance. L'Autre comme un Autre, jamais réduit à soi, ni même à ses besoins, juste posé comme Autre, radicalement, dépassement. Penser à Lévinas, penser à "L'humanisme d'un autre homme".

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06 février 2012

Au rythme de l'hiver

_DSC5026-27_DSC4993-3  Photos par Lui

     The Seal Lullaby ici par Eric Whitacre

    Vous dire merci encore pour vos mots chaleureux, vos mots qui invitent à la correspondance, tissant la pensée même des choses.

     De Semprun à Primo-Lévi comme l'écho de nos âmes habituant la mémoire à ne pas s'oublier, oser parler de celle qui survivant au génocide rwandais, consacre sa vie à entendre et transmettre de tous les rescapés. Celle qui m'a fait trembler dans ma chair lorsque ses mots bien impuissants à dire ont exprimé comme de l'indicible, Esther Mujawayo, l'ouvrage "Survivantes" (éditions Métis Presse), sublime et sans pathos, de ceux qui me font dire que les mots ne font pas bien comprendre, mais qu'ils soignent un peu, préservant de l'oubli ou pire encore du déni de ceux qui vécurent le monstrueux, enfer de Dante version contemporaine.

    Observer la nature de l'homme pour en saisir tous les rouages, quitter la niaiserie qui me fit dire un temps que chacun porte un tant soit peu de notre humanité. S'incliner devant l'évidence de l'histoire qui donne raison au Mal lors même que le Bien fait figure d'exception. Chercher sur un plan plus personnel à saisir les rouages de la perversion du coeur, celle qui aveugle et condamne l'enfant au désamour, au vide qu'il engendre. Se demander soudain pourquoi tant s'ingénient à détruire, ignorant la froideur de leur chair , tandis que d'autres combattent pour aimer, pour sauver ce qui reste. Et trouver là le lot de la fortune tandis que la nature ni juste ni injuste témoigne de sa conflictuelle réalité.

   Affirmer le choix et le possible de la décision, l'ouverture du destin, la fracture par le Bien du Mal. Oser poser la franche volonté tandis que les déterminations s'effondrent et avec elles la passivité de l'homme. Ne pas excuser, ne pas oublier, seulement vivre ouvrant une brèche dans le néant, et avec elle la promesse de joies qui enivrent. Croire dans la force du temps pour se guérir des blessures invisibles. S'appuyer sur la force du réel avec lui le rythme vivant. Apprendre à vivre au jour le jour. Apprendre à goûter l'instant qui ne dure sans le coeur serré ou les viscères tendus. Accepter de vivre avec l'impossible non changé en possible. Accepter en soi le vide comme le socle de néant qui jamais plus n'anéantira. Goûter comme l'enfant le goût des choses avec elles le mystère et la contemplation.

   Aimer dans les jours de ce froid la vie ralentie concentrée sur le simple. Guetter les rayons du soleil et boire à sa lumière. Alimenter sans cesse la source du feu pour que rien ne s'éteigne, veiller à sa chaleur diffusée pour les siens, visiter l'amie seule partager ses mots ses désirs sa douleur. Ecole buissonnière des grands et des petits, sublime poésie du jardin enneigé. Composer le fondant pour les gourmants de chocolat. Sentir en soi la nidification l'entrée dans l'hiver, l'intellect au repos tandis que les antennes s'enquièrent du bien-être de chacun. Délicieuse journée au parfum enivré de famille, au doux bonheur de vivre ensemble, pure sensation d'être avec Soi, pure sensation d'être avec les Siens, comme l'évidence se faisant nécessité. Trouver dans le rythme épousant le jour, l'écho de nos Anciens, la force de la terre, l'humilité de l'homme.

 

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04 février 2012

De choses et d'autres

_DSC3521-1  Photo par Lui

      L'air glacé de l'hiver me plonge dans un état d'hébétude favorisant le repli et la solitude. Les pensées concentrées sur la chaleur des corps, les provisions pour le week-end, les plaids entassés, les bouillotes réchauffées, le thé vert fumant. Lentilles aux petits oignons, garnies de poitrine salée, de saucisse bien ferme. Velouté de potimarron, brûlant les lèvres laissant dans la maison l'effluve de ses épices. Crêpes à la farine de brioche, eau de fleur d'oranger, parfum de pâte au chocolat. L'air glacé de l'hiver me fait animale, sentant la vie du corps non plus celle de l'âme. Prévoir le menu des repas futurs, pour que rien ne leur manque, calculer au plus près, pour ne pas déraper, l'année de congé devrait être celle des austérités. Découvrir dans le "fait maison", l'économie des choses, le plaisir du goûteux, sans que cela ne coûte. Y trouver là contentement, simplicité, rusticité, tenir la barre sans que la faiblesse ne surgisse.

     Se réjouir d'avoir un toit et la maison chauffée, penser à ceux qui manquent à vivre. Pester contre l'élite du pognon qui a confisqué le pouvoir, avec lui l'âme du peuple de France et sa source des Lumières. Se demander si l'actuel chef de l'Etat a bien profité de son four à grillades dans son avion privé, dont le prix d'achat et l'étude de faisabilité ont coûté 375000 euros à l'Etat. Se dire qu'avec cet argent-là, on aurait pu faire vivre grâcieusement et décemment 30 personnes durant une année entière. 30 personnes dans la balance contre des grillades de boeuf ... Qu'en pense le peuple ? Se dire qu'on marche sur la tête, mais que des têtes devront bien tomber, sans quoi la démocratie finira bien par se déliter.

    Se dire que le froid n'est pas grand-chose pour moi, comparé à ceux qui ont faim, à ceux qui n'ont pas de toit, à ceux qui ne peuvent se chauffer, qui vont traverser le quotidien avec leurs enfants à moins de 12 degrés. Se dire qu'aujourd'hui je chiffre, je compte, les mots s'en sont allés pour laisser place aux comptes, aux zéros, aux triples et compagnie. Je dose la farine, je compte les oeufs, j'augmente la proportion de beurre, diminuant celle du sucre. Je pèse les lentilles, je pèse le poids des mots, je pèse le poids du passé, mesurant ma chance et celle que je n'ai plus.

    La Shoah m'obsède, plongée dans les mots de Jorge Semprun. Mon hiver glacé au coin du feu n'est pas grand-chose comparé aux êtres entassés dans les wagons, sans nourriture, ni eau, ni chaussures, mourant de froid de folie surtout, avant d'arriver au camp. Imaginer Jorge jeune étudiant de 20 ans, partageant sa cellule, avant le grand voyage, avec Ramadier, qui lui ne partage rien, tant il se goinfre, la nuit, à s'en crever la panse. La nuit, pour ne pas avoir à partager, alors que Jorge éveillé, entend les craquement de ses mandibules, devinant la saveur du poulet grillé ou de la confiture maison. Se dire qu'on est égoïste ou généreux, concerné ou pas par la vie des autres. Jorge Semprun trop tôt devenu philosophe, ne s'en étonne pas d'ailleurs.

   "Dans les camps l'homme devient cet animal capable de voler le pain d'un camarade, de le pousser vers la mort. mais dans les camps l'homme devient aussi cet être invincible capable de partager jusqu'à son dernier mégot, jusqu'à son dernier morceau de pain, jusqu'à son dernier souffle, pour soutenir les camarades. c'est-à-dire, ce n'est pas dans les camps que l'homme devient cet animal invincible. Il l'est déjà." Jorge Semprun, Le grand voyage.

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30 janvier 2012

L'après de l'épreuve

alienor  Photo par Lui

   Dire l'après de l'épreuve, le silence des mots qui se creuse, trop convoqués sans doute, dans la sollicitation de l'écriture se faisant.

   Pas le temps de souffler vraiment, car la petite tomba malade, de ces affections brèves et sévères qui demandent les nuits et les jours, les baisers, la présence, les mots qui rassurent, les bras qui entourent. 

  Juste profiter des moments d'elle et de moi, elle désormais guérie, chancelante encore, moi à ses côtés, elle dans son rire, elle qui m'emporte, elle qui chamboule ma vie, faisant de l'amour absolu le seul projet qui vaille.

  Dimanche doux et froid au coin du feu et Lui et tous les cinq jouant à la société, heureux d'être ensemble dans la chaleur de l'âtre , du calme de nos coeurs et de nos espérances.

  Maison remuée, nettoyée, rangée, oeuvre commune du faire ensemble à qui les forces n'ont pas faibli. Lui pris d'envie de lumière, masquant chaque empoule nue, l'habillant de luminaires baroques. Moi assistant dans la contemplation non feinte à la transformation du lieu.

  C'est demain que je recommence, car déjà l'étude me manque, car l'étude me comble. Aussi je vais persévérer, profiter de ce qui m'est donné, pour approfondir encore et encore, nourrir l'esprit plus que le corps. Etonnée d'avoir revu les profs le temps des épreuves, juste ce temps-là, pour ensuite retourner dans ma solitude, eux dans leur profession.

  Se sentir grandie de l'épreuve, comme si de l'inaliénable était gagné, l'amour retrouvé de l'étude et de la composition, au-delà du social et du mondain, juste entre soi et soi.

  Etre consciente que la transformation a touché au profond, aux souffrances à l'être tout entier. Savoir le concours s'être joué sur le plan de l'existence, comme si toutes les facettes avaient décidé du mouvement.

  Pour tout cela, gratitude. Savoir la simplicité des actes, de la vie et des gestes.

  Aimer en chaque instant le soutien porté à l'autre qui souffre, à l'ami qui manque, à Lui qui vous aime.

  Voir la nécessité du simple, l'évidence du vivant, oublier les maux, perdre le passé.

  Etre-là avec Soi, au plus près de soi, sans lourd, sans honte, juste avec le léger.

  Se préparer déjà à changer d'espace, la scène, bientôt demain, nez rouge dans le coeur et sur le visage aussi.

  Sentir l'unité de tout ce qu'on vit, ici, là-bas, la scène, l'estrade, la recherche, le désir, les sentiments mêlés.

  Ouvrir deux romans, après le temps de privation romanesque. Jorge Semprun, Le grand voyage ; Laura Kasischke, Les revenants.

  Vous souhaiter une bonne nuit, de paix et de douceur.

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25 janvier 2012

L'épreuve

_DSC4354-1  Photo par Lui

     Comment vous dire à tous ceux écrivant, à tous ceux par ici passant, combien vous m'avez portée, soufflé, accompagnée. Hier après la première épreuve, je me suis empêchée, et pourtant je voulais vous saluer, vous dire combien l'épreuve était douce et harmonieuse et pleine d'évidence. Mais je savais que si j'allais vous visiter, je serais tentée de m'attarder chez vous, aussi je me suis empêchée, car il me fallait encore lire, me préparer, m'imprégner pour la dernière épreuve.

   Merci à tous mes amis d'ici et de là, Sabine, Brizou, Laure, Céline, Catherine, Francine, Françoise, Marc, Virginie, Grégory, Mireille, Jocelyne, Cécile, Célestine, Delphine, Iléana, Sybille, Natte, Julie, David, Julia, Babette, Pénélope, Delphine, Véronica, Anne**, Hélène, Coumarine, Sarah pour vos attentions, vos mots qui soufflent l'espoir, vos pensées qui débordent le virtuel atteignant le réel. Merci à ma belle-famille, à mes enfants, à Lui qui m'a rendu la vie quotidienne si légère lorsqu'il me fallait trouver la solitude dans le mouvement de la vie. Merci à Madame Joly, mon ancien professeur de prépa pour ses conseils si excellents.  Merci à Jacques, et vous aviez raison, la chaise était bien douce, et le nez dans le coeur, en tout cas l'état de la joie, l'état de la disposition à dire. Merci à Charlotte, oui j'ai senti aujourd'hui la force de la terre de granit, car l'épreuve était dure, mais le moment délicieux, comme si la vie entière prenait à son compte le lot du difficile pour laisser la plume se déployer et remplir d'encre la page vierge.

   Comment vous dire à tous la joie que j'ai vécue, de composer durant quelques 14 heures sans l'ombre de l'ennui, ou bien de la panique ou encore de l'effroi ? Comment vous dire que cet état retrouvé, l'état de l'étudiante, et avec lui ses réflexes, me procura une joie indicible, quels qu'en soient les résultats ? Vous dire que j'ai tout donné de moi, aussi bien le savoir que ce qui m'est bien propre et ne se mélange pas aux autres. Vous dire que je ne regrette pas, et que deux mois de plus n'auraient pas changé grand-chose à l'histoire. Se retrouver le premier jour devant un texte élégant de Cicéron sur le juste. Y trouver là de la nourriture et de l'élan et de l'intelligence. Remercier le ciel que la philosophie revisite les Anciens dans ce qu'ils ont peut-être à nous dire sur la valeur du juste et la valeur des autres, sur le ciment de la société qui ne peut être fait que d'intérêt mais doit honorer les valeurs de l'humanisme. Se dire que le texte aurait pu être d'un "technicien des idées" qui brille dans le concept, et dans l'oubli de l'essentiel. Se dire que c'était mieux ainsi, et s'en trouver réjouie.

   Découvrir le jour d'après la dissertation : "les leçons de l'expérience", éprouver la joie indicible du sujet qui se donne, de la page blanche à remplir, de partir de rien pour arriver à tout et au lien des choses, souffirir durant une heure de la difficulté de construire, quand il y a tant à dire, et tant à rassembler. Ne pas s'arrêter, se donner le temps de la réflexion, boire du thé vert sans interruption, souligner la gentillesse des deux surveillants, se trouver bien là où l'on est, décider de ne pas se faire doubler par le temps qui passe, se souvenant de la fin d'hier un peu bâclée, se donner deux heures pour introduire et construire, cinq heures pour écrire. Sentir à la fin de la première heure passée que ce sera possible, même difficile. Ecrire, réfléchir, composer, évoquer, rappeler, expliquer, mentionner, mêler le classique et le contemporain, l'académique et le personnel. Etre maître du temps, prendre le temps de la fin, prendre le temps de penser, de poser, de peser, d'exprimer. Ne pas même ressentir la fatigue du corps ou de la pensée, s'en étonner d'ailleurs. Eprouver la joie de l'écriture sans la difficulté, la joie de l'expression en acte, la joie des mots qui dansent mais pas dans le hasard. Sentir que la voie vers ceux-là procède de l'existence et qu'elle ne peut cesser.

   Se dire que l'issue n'est pas sûre, mais que quand même on y croit. Mais qu'il faudra être dans les trente premiers mieux notés sur les quatre cent présentés pour espérer Paris et ses leçons d'oral. Sentir que rien ne s'arrêtera plus, que les choses sont en route, pour l'année ou bien celle qui suit, sentir le désir de transmettre enfin rejailli, attendre la rentrée, retrouver les élèves, l'acte sublime d'enseigner. Et  dans l'attente ... préparer les oraux, qu'ils soient pour le concours ou bien la profession.

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22 janvier 2012

De la grâce

_DSC1999_DSC1999 (2)          Photos par Lui

*  Instants de grâce ici Eric Whitacre, Lux Aurumque, suivi de Kala Kalla.

* Entendre bientôt le choeur aimé chanter l'hébreu, se réjouir à l'avance de l'âme incarnée.

* Ne pas résister au besoin de se réfugier ici, ne serait-ce que l'instant.

* Déposer là les peurs, là les remords, là les désirs.

* Sentir la faillite de la mémoire, mais les forces vives et belles.

* Sentir la difficulté approcher, inexorablement, comme une menace longtemps différée, qu'on ne peut plus éviter.

* Croire un peu au destin, aux rencontres presque hasardeuses, en vérité de la nécessité.

* Penser chaque jour à l'endeuillée si belle, à l'ange trop tôt envolé.

* Penser chaque jour à la fragilité des vies, à celles qui nous quittent, au défaut du temps.

* Courir après les heures, courir à perdre haleine, se sentir éreintée, de courir dans sa tête.

* Etre un peu lassée du rythme de l'étude, ne plus sentir la terre, être perché trop haut.

* Désirer entamer la marche, ses pas dans les miens, marche désillusion, marche de la quête.

* Retrouver la chaleur des mains, des choses à faire, à toucher, à pétrir.

* Vite se réapproprier la maison, ses senteurs, ses espaces, son ménage qui remue et vide.

* Se dire qu'on incarne bien le rôle, mais que ce n'est qu'un rôle, qui nourrit les pensées, mais oublie tout le reste. 

* Trouver après le milieu juste de tout cela, étudier, jouer, vivre, aimer.

* Retrouver le temps d'un thé, le temps de l'échange, le temps du partage.

* Reprendre les choses différées, les choses en attente, à cause de l'étudiante.

* Retrouver le souffle de la respiration vitale, de la contemplation mais aussi de l'action.

* Sérénité quand même, car le temps écoulé, rien ne sert de se désespérer.

* Ne plus y croire tout à fait, savoir l'infinité des choses à apprendre, à découvrir encore, malgré le dévoilement.

* Se sentir digne de la tâche, se sentir là-dedans, mais pas assez pour l'absolue justesse.

* Espérer la grâce déjà touchée dans le Verbe qui court, dans le cours qui se donne, dans la pensée en acte.

* Se dire que l'étude souffre de l'absence d'échange pour être vivifiée, rendue à sa nécessité.

* Prévoir l'après pour s'armer de courage, le roman différé, les retrouvailles, le romantisme.

* Remercier Lui pour sa douce présence, les enfants pour leur complicité.

* Remercier les Amis d'ici et d'ailleurs pour leurs pensées, leurs mots, leur générosité.

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